La perte du Triple A ou l’illustration de ma Sarko-déception
J’ai participé avec enthousiasme, en 2007, à la campagne du Président sortant. Avec le recul, j’ai même probablement fait preuve d’un certain aveuglement. J’ai cru en lui et en sa volonté de réformer la France, presque naïvement, sans arrières pensées ni attente du moindre retour. La seule forme d’espérance qui m’habitait secrètement était le redressement du Pays. Avec lui, tout allait devenir possible.
A compter du 15 février 2007, pourtant, j’ai bien senti qu’il ne partageait pas ma conviction du nécessaire assainissement de nos finances publiques. Ses courtisans, élus et technos dépensiers, lui promettaient une croissance providentielle engendrée par le choc de confiance et d’espérance que ne pouvait manquer de provoquer l’accession au trône de notre nouveau monarque. Viendrait-elle à manquer, il irait la chercher « avec les dents » !
Je conserve le souvenir douloureux d’un rappel à l’ordre, pendant la campagne, lancé de l’Ile de la Réunion au motif que j’étais supposé avoir participé à une réunion clandestine visant à contenir les dépenses. Je vous passe l’invraisemblable moment de l’annonce de 4 points de PIB de baisse des prélèvements obligatoires que j’ai apprise par la presse et que je suis seulement parvenu à étaler dans le temps, de 5 à 10 ans ! Cela lui a d’ailleurs épargné une autre promesse non tenue puisque le niveau des prélèvements obligatoires, en dépit de toutes les farces et attrapes fiscales, aura bien bel et bien augmenté sous sa mandature.
Pour ce qui est de la dette, je n’avais cessé, depuis 1996, de produire travaux sur travaux au Sénat pour supplier qu’on s’en préoccupe enfin, tant je voyais l’accident venir et notre horizon s’assombrir. Sur ce sujet, j’ai d’ailleurs participé, en 2005, à la Commission de Michel Pébereau dont le rapport final était, déjà, un cri d’alarme !
Rien n’y a fait. Notre Président, en son for intérieur, croit aux vertus infinies de la dépense et la dette, qui, dans son esprit, serait une sorte de ligne permanente et illimitée de crédit que des créanciers naïfs ne pourront manquer d’indéfiniment alimenter. La perte du triple A vient sanctionner, sans surprise, cette politique de cigale débridée. Dans les jours à venir, nous ne manquerons pas de voir toutes les ressources de la sémantique et de la rhétorique mobilisées pour nous expliquer qu’une note érigée en « trésor national », voilà quelques semaines, ne serait plus, par la magie du verbe, qu’une simple « contrainte », à l’importance au fond fort limitée. Nous étions notés 21 sur 20, nous le serons désormais à 20 sur 20, « tout va bien madame la Marquise » ! C’est, une fois de plus, ne pas dire la vérité aux Français, qui voient bien que le Pays vacille.
Au terme de ce mandat brouillon et agité, le Président accepterait-il de nous dire, les yeux dans les yeux, qu’il conduirait les mêmes politiques économiques et financières, si les cinq années passées étaient à refaire ? Dans l’affirmative, nous saurions définitivement à quoi nous en tenir. S’il faisait amende honorable, il serait intéressant d’examiner sur quelles questions. Mais je ne crois pas qu’il en soit là. La certitude qu’il a de lui-même l’empêche de voir la réalité en face et la Cour qui l’entoure le précipite dans l’abime. Pardon. « Nous » précipite dans l’abime. Elle méritera moins encore que lui, le moment venu, notre clémence.
C’est avec fierté et confiance que je suis aujourd’hui aux côtés de François Bayrou qui, sur les finances publiques, dès la campagne de 2007, nous avait alerté sur les disciplines auxquelles nous ne pouvions échapper. Rassemblons-nous derrière lui pour qu’il traduise dans les faits, grâce à une belle élection, notre volonté de redresser notre Pays.
Alain Lambert
Ancien ministre du Budget



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